Séance 2 : « Marché de la culture et expertise : la question de la qualité » Jean-Marc Leveratto & Fabrice Montebello

Séance 2 : « Marché de la culture et expertise : la question de la qualité » Jean-Marc Leveratto & Fabrice Montebello - 5 novembre 2020
 
Dernière édition:
Zoya Bagatova, en écho libre à l'exposé
Chez Jean-Marc sous le regard historique est démontré (en tout cas je l’ai vu ainsi) que l’expertise culturelle administrative dans beaucoup de situations de grande envergure a engendré

  • la censure dans le cas où la culture est un moyen et une condition d’une transformation sociale (d’ailleurs, Jdanov, si on parle de la même personnalité, il me semble que oui, est le prototype de Bouboule dans Cœur de chien de Michael Boulgakov)
  • le déséquilibre quantitatif entre le centre et la périphérie quant au volume des activités théâtrales
  • le barrage pour l’accès à la culture par le jugement paternaliste sur la qualité et les formes artistiques
Par ailleurs, il a montré que d’autres expertises qui devaient censurer les œuvres culturelles de « mauvaises qualité » ont fait l’effet inverse grâce à un autre regard sur la production culturelle « Une forme d'expertise qui combine curiosité et recherche de l'intérêt humain de plaisir de masse, ignorées et ou méprisées de l'élite intellectuelle » (Leveratto). On voit ici, à l’exemple d’une seule discipline, le théâtre, que la culture se transforme continûment.

J’ai beaucoup apprécié la façon dont l’exposé de Jean-Marc s’est déployé. Ce temps de lecture m’a fait penser, en faisant parallèle entre l’état d’expertise/transition et les éventuelles pratiques de transition à mettre en place. Dans la critique littéraire marxiste (de l’autre côté du mur tombé les critiques marxistes n’existent peut-être plus mais il existe un très grand nombre de personnes ayant hérité cet état d’esprit[1]) il y a 3 figures emblématiques : Emile Zola, Berthold Brecht et Stanislavsky.

« Zola adopte une éthique qu’il éeprouve pour la conduite des affaires publiques » (p. 143). La liaison de la critique et de la littérature se manifeste par une attention particulière à l’écriture même. Pour Zola, en effet, le style serait la marque nécessaire du romantisme, il constituerait un facteur de complication qui éloignerait la « reproduction exacte, sincère du milieu social ». MOURAD (François-Marie), Zola critique littéraire, Paris, Champion, 2003, collection « Romantisme et modernités », 530 p. Le romancier naturaliste a un but moral. Zola écrit : « nous sommes les juges d'instruction des hommes et de leurs passions, c'est à dire des moralistes expérimentateurs ».

« Brecht avait pensé exercer une action sur le public. Il se rend compte que tout son effort doit porter sur la structure même du théâtre. …. Brecht rejette les quatre éléments fondamentaux du théâtre traditionnel : la structure de la pièce, les acteurs, le public, le circuit habituel de distribution des salles de spectacle. Son théâtre, qui s'adresse à la raison, Brecht va l'expérimenter dans les écoles, les unions de jeunes, les associations ouvrières, grâce à des comédiens non professionnels. Usant principalement des possibilités des chorales ouvrières, il crée une forme théâtrale et musicale qui permet, par l'emploi des chœurs, la participation active du public à l'action : c'est « pièce didactique ». Le théâtre devient un médium, un outil d'expression, toutes les techniques théâtrales sont ici utilisées non pour raconter une histoire, mais pour que cette histoire provoque une prise de conscience du spectateur face au problème abordé. » https://www.larousse.fr/encyclopedie/personnage/Bertolt_Brecht/110069

La théorie de l'art scénique de Stanislavski et ses méthodes de la technique de comédien ont influencé plusieurs générations de comédiens russes. Le jeu d’acteur a selon lui ses 3 étapes : le métier, la représentation et l’épreuve (imaginez les matriochkas : tout s’emboite). L’épreuve quant à elle est un moment précieux entre l’acteur et le spectateur. En jouant le rôle le comédien « est amené à interpréter sa vie et ses sentiments en les rapportant à sa propre personne. Il vit alors en quelque sorte son rôle sur la scène, comme s'il n'avait plus d’existence propre, état que Stanislavski appelle « la solitude en public[2] » et que les américains connaissent sous le nom de « private moment ».

/www.universalis.fr/encyclopedie/stanislavski/2-une-methode-originale/

Pour terminer (sans arriver au bout) :

La littérature aurait donc le pouvoir politique. Le roman est une preuve, souvent des inégalités en restant réaliste le plus naturellement possible. C'est un lieu d'expérimentation pour l'écrivain muni des méthodes scientifiques. Ce n'est pas pour rien que le roman expérimental apparaît à la fin du XIX siècle quand, avec le progrès technique les inégalités sociales se sont installées. Avec Brecht « la classe » du théâtre casse et la scène va partout où elle peut s’élever avec une force didactique. Et enfin, пауза, ce précieux « private moment » où le pouvoir magique des beaux-arts peut transformer une vision, un point de vue, une opinion, bref, sensibiliser le spectateur.



[1] « La beauté sauvera le monde », F. Dostoïevski ; « Les beaux-arts appartiennent au peuple », V.I. Lénine ; « Le pouvoir magique de l’ art », V. Dragounski – inconnu aux Occidentaux, auteur du cycle de récits autour des thèmes école-cinéma-théâtre au sujet de l’influence des beaux-arts sur l’individu, le groupe, la société.
[2] Пауза[pawza]
 
Haut